Marius by Michel CHAPOUTIER

Petites histoires

1889, Paris, quand même

« Marius trouvait les légers ronflements de la jeune femme terriblement excitants. Elle semblait perdue dans des rêves de princesse du temps des châteaux forts, bien loin de cet été 1889 ; son sommeil trahissait le plaisir qu'elle venait de vivre et Marius en éprouvait une certaine fierté toute masculine. Des persiennes laissaient passer des rayons de lumière qui laceraient le plafond de la chambre d'hôtel. Ce modeste éclairage permettait à Marius de retrouver ses habits, à la hâte, et d'apprécier, sans hâte, le corps nu de la demoiselle dont il avait oublié de lui demander le prénom. C'était Paris, c'était l'exposition Universelle, c'était la fête, insouciante. Elle était allongée sur le côté, en chien de fusil. Les draps ne recouvraient que le bas de ses jambes. Son corps était d'un blanc parfait, qualité propre à ces femmes pulpeuses qui font l'amour avec le sourire, et longtemps. Ses fesses étaient rebondies, lui creusant le bas du dos. Sa bouche était légèrement entre-ouverte. Les ronflements lui faisaient gonfler son petit ventre dodu et sa forte poitrine aux larges tétons. Marius avait faim.
Il venait de fêter ses dix-huit printemps, il y avait quelques mois à peine, et il n’en était pas à sa première conquête. Les formes d’athlètes qui épousaient son maillot de corps et son bagout d’ambitieux n’étaient certainement pas étrangers à son tableau de chasse. Il usait et abusait de la force de l’âge. Les filles de Tain et des environs en savaient quelque chose. Dans le dos de sa mère, sa réputation d’insatiable n’était plus à faire. Mais à Paris, c’était une première… »

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