Marius by Michel CHAPOUTIER

Petites histoires

1894, la solitude

« Marie posa sa main sur le genou de Marius. Elle était toute émue à l’idée que le rideau se levât. A l’affiche : Molière, Le malade imaginaire. Du beau monde dans les gradins. Des trois pièces, des talons hauts, des pommeaux, des hauts-de-forme, quelques rosettes même. Les notables de la ville de Lyon répondaient présent. De tous bords ! On ne savait plus sa droite de sa gauche. On s’ignorait, se souriait largement, sincèrement ou pas. Certains s’étaient même dans le passé convoqués en duel, sans conséquence et sans rancune. Les bavardages créaient un bourdonnement qui planait dans la salle de théâtre. Mais un bourdonnement mondain, ponctué d’esclaffes remarquables à vingt mètres, de jolies citations et de considérables étonnements pour un oui ou pour un non. Les femmes mettaient souvent la main devant leur bouche ; les hommes, au contraire, plaçaient leurs mains derrière le dos, saluant du menton. Marie reconnaissait certains visages et tendait l’oreille ici ou là. A tribord, on discutaillait des symbolistes russes, d’Offenbach – formidable !- et du dernier roman de Zola, Lourdes. A bâbord, on épiloguait sur le décès de Maxime Ducamp, sur le canal de Panama et les attentats anarchistes.
Marie, c’était la mère de Marius… »

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